Un maître du cinéma comme Akira Kurosawa a laissé derrière lui une montagne de films dont on se souvient : comment oublier le très beau Sept samouraïs. Mais la plupart des cinéphiles oublient (trop ?) facilement un véritable chef-d’œuvre comme Yojimbo.

Dans ce film de 1961, Akira Kurosawa démontre ce que le cinéma peut avoir à faire avec le théâtre tragique. Ce n’est guère surprenant quand on sait la passion de Kurosawa pour le théâtre grec et Shakespeare. Mais il su traduire cette passion dans quelques œuvres grandioses que les cinéphiles les plus attentifs auront repérées. Yojimbo en fait assurément partie.

Un ronin (un samurai sans affiliation et donc destiné à vendre son épée au plus offrant) profite de la confrontation entre deux clans dans un village qu’il traverse. Et quand on dit qu’il profite, on peut penser qu’il en abuse. Toshiro Mifune y est grandiose dans un rôle de spécialiste des armes qui vit par les armes et ne ressent aucune excitation, ce qui le met au dessus de la masse des brutes violentes. Ce stéréotype vous rappelle quelque chose ? Vous pensez western ? Vous pensez à Clint Eastwood dans Pour une poignée de dollars ? Aucune surprise, puisque Yojimbo est bel et bien le film d’où Eastwood a emprunté son personnage sans nom. Déplacez le scénario du Japon féodal au Wild West de la fin du XIXe siècle… c’est tout. Si vous avez aimé la copie western, vous allez adorer l’original japonais. La copie (qui n’est pas si mal) est bien pâle en comparaison de la perfection formelle et la tension récitative de Yojimbo.

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Mais Kurosawa, non content d’innover sur le texte cinématographique, est aussi une superbe cadreur et ses images vont bien au delà des estampes (dont l’art tout japonais semblait déjà garantir la composition graphique) pour s’y entendre à remplir l’image comme pas deux. Pour lui, le format panoramique n’est pas une contrainte mais une occasion pour la perfection formelle.

Alors, ne boudons pas notre joie de revoir ce véritable chef-d’œuvre. Laissons-nous porter par la musique lancinante de Yojimbo.


Tant que j’y suis, mentionnons que Yojimbo est tiré d’un roman de Dashiell Hammett de 1927, « Red Harvest ». On doit donc citer les deux autres films réputés en avoir été directement inspirés :

Cet auteur américain est également l’auteur des romans ou des scénarios de films aussi connus que Le faucon maltais avec Humphrey Bogart ou Miller’s Crossing des frères Coen (ce dernier est aussi partiellement inspiré de Red Harvest).

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